Ce vautour hors du commun était autrefois perçu comme une créature maléfique à cause des os retrouvés dans son estomac, du cercle rouge autour de ses yeux et du roux de son plumage : diabolique, le gypaète barbu ?

Mythe vs réalité

C’est vrai qu’il en impose, avec ses presque 3 mètres d’envergure ! Dans les Alpes, il a été exterminé par l’homme, à cause de sa réputation : on pensait, à tort, qu’il attaquait le bétail. Au début du 20e siècle, il n’en restait plus que quelques uns dans les Pyrénées et en Corse. Il est vrai que les os constituent 70% de son alimentation – grâce à des sucs digestifs particulièrement corrosifs – mais, en réalité, il ne se ravitaille que sur des animaux déjà morts, dont les carcasses ont été nettoyées par d’autres animaux…

En débarrassant la nature de ces carcasses, il joue même un rôle sanitaire pour l’environnement, évitant le développement de maladies et limitant la pollution (de l’eau par exemple). Quand les os sont trop gros, les gypaètes ont l’habitude de les emporter à parfois 100 mètres de haut puis de les jeter au-dessus de pierriers, afin qu’ils se brisent… C’est pourquoi on les surnomme les « casseurs d’os ». Quant au rouge de ses plumes ventrales, il vient des bains de boue ferrugineuse que ce magnifique rapace a l’habitude de prendre… Pardonnez ses goûts !

La réintroduction dans le Mercantour

Aujourd’hui, le gypaète barbu est l’un des 8 oiseaux les plus menacés d’Europe. Un programme international de réintroduction existe depuis 1978, auquel le Parc National du Mercantour et son associé italien et mitoyen, le Parc Naturel Alpi Marittime, participent depuis 1993. En lâchant des oiseaux dans les Alpes du Sud, entre le Parc national suisse d’Engadine, où des individus ont été réintroduits en 1991, et la Corse, où une poignée de couples sauvages vit toujours, on favorise la rencontre entre individus sauvages et individus réintroduits, nécessaire à la survie de l’espèce. Depuis 1993, 41 lâchers ont été effectués.

Des bébés de 3 mois, qui ne savent pas encore voler et apprennent tout dans leur nouvel environnement. Il leur faut 4 à 5 ans avant de se fixer sur un site de reproduction. Miracle : en 2008, la première naissance a eu lieu. Et, comme c’est mignon : le père Sereno est « italien », la mère Roure, « française »… Ils ont eu depuis trois autres petits. En 2005, le prince Albert II de Monaco a rejoint l’aventure, dans laquelle il investit sa fondation.

Le gypaète n’est pas farouche ; assez curieux, il arrive qu’il se rapproche, à 20m parfois au-dessus de la tête des hommes. Alors, à vos jumelles ! En vol, le gypaète se reconnaît à ses ailes allongées et pointues, à son ventre orangé et à sa queue en forme de losange…